L’architecte : Willem Marinus Dudok (1884-1974)
Willem Marinus Dudok s’est surtout rendu célèbre par ses réalisations des années 20 et 30. Outre de grands projets comme l’hôtel de ville de Hilversum, le Collège néerlandais et le Bijenkorf (la « Ruche ») de Rotterdam, il réalisa à l'époque un grand nombre d'écoles, de maisons d'habitation et de bâtiments utilitaires. Dudok, qui n'avait pas suivi de formation spécifique d'architecte, devint un architecte au style bien à lui ; de nombreuses influences qui ont eu une grande importance sur sa manière de travailler pouvant toutefois être détectées chez lui. Il faut d'abord penser ici à sa formation militaire. Pendant son instruction à l'Académie Royale de Breda, il suivit quelques cours d'architecture civile et d'art de la construction'. Lors de ces cours, les principes de construction et les principes techniques occupaient une place prépondérante, une attention limitée étant consacrée à l'aspect esthétique d'un projet. Or, c'est à cela justement qu'il s'intéressait et c'est pourquoi il consacra une bonne partie de ses loisirs à l'étude de l'architecture civile. L'un de ses grands exemples fut Berlage, dont la Bourse d'Amsterdam fut terminée en 1903. Dans les premiers projets de Dudok, cette influence se retrouve non seulement dans la construction asymétrique des façades, mais aussi dans l'utilisation conjointe de divers matériaux, comme l'association de la brique et de la pierre naturelle.
Dudok souhaitait vivement quitter la carrière militaire pour travailler dans le civil comme architecte. En 1913, il réussit à se faire admettre comme directeur par interim des travaux communaux de Leyde. C'est en cette qualité qu'il conçut divers bâtiments dont deux bâtiments scolaires qui se situaient encore totalement dans la tradition berlagienne. Peu à peu, le travail de Dudok commença à présenter un plus grand nombre de caractéristiques de l'école d'Amsterdam. Ceci se manifesta non seulement dans la décoration, comme l'utilisation de la fonte et du vitrail, mais aussi dans l'utilisation de différents appareils de maçonnerie. Tout comme les architectes de l'école d'Amsterdam, Dudok traitait ses façades comme des surfaces plastiques qu'il pouvait former ou déformer aussi longtemps qu'il le voulait jusqu'à ce qu'il obtînt la bonne forme. Dans ce contexte, il utilisait les fenêtres et les portes non seulement d'un point de vue fonctionnel, mais aussi comme des éléments décoratifs. Un événement très important dans la carrière de Dudok fut sa désignation, en 1915, au poste de directeur des Travaux Publics d'Hilversum, ville ou il fut également nommé architecte municipal en 1928. Il occupa cette dernière fonction jusqu'à son départ à la retraite en 1954. Au cours de cette période, la population d'Hilversum connut un développement considérable et l'agglomération s'étendit énormément. Cette évolution permit à Dudok de développer des projets urbanistiques et de projeter un grand nombre de bâtiments.
Dans l'oeuvre qu'il a laissée à Hilversum, l'hôtel de ville est sans conteste le bâtiment le plus important et le plus intéressant sur le plan architectural. Dans les premières esquisses de l'hôtel de ville, qu'il réalisa au début de sa période dite de Hilversum, les influences de Berlage et de l'école d'Amsterdam étaient encore nettement visibles.
Quelques années plus tard, il apprit à connaître l'architecture de De Stijl . De Stijl désignait à l'origine une revue lancée en 1917 par Théo van Doesburg. Celui-ci avait rassemblé autour de lui un groupe de jeunes artistes parmi lesquels J.J.P. Oud, avec lequel Dudok avait travaillé à Leyde. Un principe important dans l'architecture de De Stijl résidait dans le fait que le projet de l'extérieur et de l'intérieur d'un bâtiment devait être considéré comme un tout, la composition étant basée sur des formes géométriques. Dudok traduisit les idées de De Stijl à sa propre façon en réalisant des compositions avec des volumes cubiques. Son oeuvre présente également des caractéristiques du Nieuwe Bouwen, comme par exemple l'utilisation du squelette en béton et du toit plat. Mais Dudok mettait plus l'accent sur le côté esthétique que les architectes du Nieuwe Bouwen ne le faisaient, ce qui explique que d'autres principes de ce mouvement, comme celui de « la forme suit la fonction » ne trouvaient non plus pas d'écho chez lui. Outre les influences de De Stijl et du Nieuwe Bouwen, Dudok fut également influencé par l'oeuvre de F.L.Wright, même s'il a toujours refusé de le reconnaître avec la plus grande énergie. Malgré ces dénégations, des éléments des « prairiehouses » de Wright, comme les avant-corps et les auvents de grandes dimensions sont facilement identifiables dans l’oeuvre de Dudok. La manière, par exemple, dont il alterna, dans l'hôtel de ville en question, les lignes horizontales formées par des rangées de fenêtres et de larges avant-corps et des éléments verticaux soigneusement choisis, comme des gaines d'éclairage et une tour, sont très wrightiens.
Malgré toutes ces influences, Dudok créa un style qui lui est tout à fait personnel et très reconnaissable que l'on appelle parfois aussi « Cubisme Romantique ». Une caractéristique de ce style résidait dans le fait qu'il réalisait, dans son oeuvre, une liaison entre l'architecture traditionnelle et l’architecture moderne. C'est ainsi qu'il utilisait des éléments traditionnels, comme la brique et le toit à deux pentes, qu'il combinait au squelette en béton moderne et au toit plat. Dans l'hôtel de ville qu'il conçut, par exemple, des formes orthogonales modernes furent exécutées au moyen de briques traditionnelles. Ceci, et le fait que Dudok, contrairement à ses contemporains fonctionnalistes, voyait non seulement l'aspect fonctionnel mais aussi l'aspect esthétique, rendit son architecture très accessible au grand public. La signification de Dudok réside donc dans la façon dont il a fait connaître les formes et les matériaux modernes au grand public, ce qui a favorisé l'acceptation de l'architecture moderne en tant que telle. L'un de ses points forts était la manière dont il utilisait l'espace pour augmenter la valeur esthétique de l'intérieur d'un bâtiment. Ces idées sur l'utilisation de l'espace s'expriment nettement dans un article écrit par Dudok en 1914 sur le modernisme et l'architecture militaire. SeIon lui, le principe du modernisme résidait dans le fait que l'architecture pouvait être considérée comme un art spatial ou il fallait non seulement tenir compte des exigences d'utilisation et des possibilités techniques, mais viser également l'obtention d'un tout harmonieux.
Outre l'hôtel de ville de Hilversum, Dudok a également réalisé dans cette commune un nombre très important d'autres bâtiments et de projets urbanistiques. C'est ainsi qu'il a conçu des quartiers entiers ou il s'est non seulement préoccupé du projet urbanistique, mais également de la conception des habitations et des équipements comme les magasins de quartiers, les établissements de bains et les écoles. Ces dernières, surtout, ont occupé une place importante dans son oeuvre. Dudok veillait à ce qu'un bâtiment scolaire, par son architecture particulière, forme un contraste avec les habitations environnantes dont il était souvent aussi le concepteur. Il pensait que le bâtiment scolaire devait être une balise dans le quartier et un lieu où les enfants se sentaient en sécurité. Ceci s'exprimait non seulement dans les bâtiments scolaires eux-mêmes, mais aussi dans la manière dont il aménageait les cours de récréation. Celles-ci étaient souvent écartées de la voie publique et entourées par des blocs de construction, ce qui créait un univers protégé. Il était aussi convaincu que l'architecture pouvait notamment contribuer au développement d'une saine notion de l'espace et du bon goût.
Outre son oeuvre pour la commune de Hilversum, il travailla également comme architecte indépendant. Les commandes qu'il reçut allèrent de petits projets pour des habitations, par exemple, à de grands projets urbanistiques et architectoniques. On pensera notamment ici au Bijenkorf de Rotterdam et au théâtre municipal d'Utrecht.
A partir de la fin des années 30, Dudok apporta plus de simplicité à son architecture. Après la deuxième guerre mondiale, il travailla de plus en plus selon la tradition d'avant-guerre du Nieuwe Bouwen. Au cours des années, l'appréciation de l'oeuvre de Dudok changea. Avant la deuxième guerre mondiale, il était largement reconnu et beaucoup de ses contemporains essayaient de l'imiter, aux Pays-Bas comme à l'étranger. C'est ainsi que l'association par Dudok du moderne et du traditionnel fournit aux Anglais, souvent restés traditionnels, l'occasion d'être modernes sans pour autant renier toutes les traditions. Il s'ensuit que Dudok eut justement de nombreux adeptes en Angleterre et que son style fut même qualifié de « Dudokian » dans ce pays. Ses contemporains fonctionnalistes considérèrent toutefois sa façon de travailler comme ambiguë. Selon eux, il s'écartait de leurs idéaux et son architecture ne reflétait qu'imparfaitement le programme d'exigences.
Alors que l'intérêt pour son ceuvre commençait à diminuer aux Pays-Bas, il reçut en 1935 la « Royal Gold Medal » du « Royal Institute of British Architects ». Son oeuvre d'après-guerre fut moins appréciée, notamment aux Pays-Bas. Un regain d'intérêt pour son ceuvre et une (ré)introduction de Dudok auprès du grand public résultèrent de l'exposition organisée en 1981 à l'occasion du cinquantième anniversaire de l'hôtel de ville. Dans l'intervalle, plusieurs de ses bâtiments ont été restaurés et rétablis dans leur gloire première, l'exemple le plus important étant la récente restauration de l'hôtel de ville de Hilversum.
Projet et construction du Collège néerlandais
C'est en 1926 que Dudok entama le projet pour le Collège néerlandais, juste après l'approbation de son projet pour l'hôtel de ville. Le Comité envisageait également la construction d'un bâtiment de ce type étant donné que ses membres étaient d'avis que « l’architecture néerlandaise moderne devait être représentée dignement à cet endroit représentatif » . Un grand nombre d'éléments utilisés par Dudok pour l'hôtel de ville se retrouvent donc aussi dans le Collège néerlandais. Les concordances concernent non seulement l'élévation, mais aussi le plan du bâtiment. Bien que le type de bâtiment souhaité ait été clairement défini dès le départ, les archives indiquent que le processus de la conception fut difficile. Ceci était dû, d'une part, aux modifications régulières du programme d'exigences, notamment en ce qui concerne le nombre de chambres à réaliser. D'autre part, le Comité fut longtemps dans l'incertitude à propos du terrain qui lui serait attribué. La Cité, en effet, ne pouvait guère mettre un terrain à disposition que si les moyens financiers nécessaires à la construction existaient, ce qui n'était pas encore le cas malgré la donation de Preyer et d'autres dons privés. Dudok se rendit malgré tout plusieurs fois à Paris. Il le fit d'abord pour se faire une bonne idée du terrain et de l'atmosphère de la Cité, mais aussi pour convaincre André Honnorat, le président de la Cité, de réserver pour le Collège néerlandais un terrain défini sur lequel il avait jeté son dévolu.
Malgré les incertitudes concernant le programme et l'emplacement, Dudok réalisa déjà divers projets. C'est ainsi qu'en juillet 1926, il présenta le premier plan d'un bâtiment comportant 50 chambres d'étudiants.
Ce nombre fut porté à 60 dans un deuxième projet datant de janvier 1927. Ces deux premiers projets se fondaient tous deux sur un plan rectangulaire avec une grande cour intérieure au centre. A l'époque, on construisait déjà beaucoup dans la Cité et il apparut rapidement qu'il ne resterait plus qu'un terrain triangulaire à la disposition du Collège néerlandais. Pour ce terrain, Dudok projeta en juin 1927 un pavillon au plan triangulaire qui devait accueillir une centaine d'étudiants. Toutefois, le territoire de la Cité fut étendu et on eut à nouveau la possibilité d'obtenir un terrain rectangulaire. En juillet 1927, Dudok repartit donc pour Paris afin de manifester sa préférence pour le terrain situé à l'angle du Boulevard Jourdan et de la rue Emile Faguet. Lorsque ce terrain fut attribué, il lui fut possible de commencer le concept définitif. Pour ce projet, aucun programme évident ne fut établi non plus, les desiderata taisant toutefois l'objet d'une description détaillée dans une correspondance intensive échangée entre Dudok et Frans Vreede, le secrétaire du Comité.
Pendant le processus de la conception et même pendant la construction, ces exigences tirent l'objet d'adaptations régulières, encore que les points principaux restent pratiquement inchangés. C'est ainsi que le Comité voulait d'abord un bâtiment simple et sobre, sans luxe inutile, capable d'accueillir 100 étudiants au moins. Dans celui-ci, les garçons et les filles devaient être strictement séparés. En outre, on souhaitait des appartements pour le personnel, un bureau d'informations, une salle de conférences, une bibliothèque, une salle de musique et des salles d'étude. Les premiers projets prévoyaient également des ateliers d'artistes. Lors du projet définitif, ces derniers furent considérés comme beaucoup moins importants.
Finalement, ils ne furent jamais exécutés.18 Les diverses esquisses réalisées pour le Collège néerlandais font nettement ressortir la méthode de travail de Dudok. Pour un projet, celui-ci ne partait pas tellement du programme d'exigences, mais considérait plutôt le caractère et le rayonnement qui devaient être donnés à un bâtiment, après quoi il entamait le projet portant sur l’extérieur. Par des croquis en perspectives, il recherchait la silhouette la plus appropriée et le meilleur effet « architectural ». Il trouvait cela particulièrement important et cela reposait, selon lui, « exclusivement sur l'effet de masse et les rapports des différents éléments de la construction, sur la relation réciproque de ces éléments de construction et leur opposition ». Dans ce contexte, il considérait les portes et les fenêtres comme « les éléments les plus naturellement décoratifs des pans de mur » . Ceci étant, il travailla pour le projet du Collège néerlandais avec quelques éléments qui revenaient à chaque croquis. Outre les tours, les auvents, les avant-corps et la façon dont il plaçait les portes et les fenêtres, il utilisa aussi des volumes cubiques allongés qu'il entassait et déplaçait tant qu'il n'avait pas trouvé la forme recherchée. Sur les esquisses, les toits étaient plats. Dudok était d'avis que des toits plats donnaient « la possibilité d'un silhouettage particulièrement prenant » et que l'acceptation du toit plat offrait la liberté « de couvrir des éléments de construction différents à un niveau différent et de conférer une silhouette passionnante à la construction ». Après la conception de l'extérieur, il entama les plans. Dudok attirait l'attention sur le fait que « pour un bâtiment moderne, la situation, le plan d'aménagement et la structure sont intimement mêlés ». Il était également persuadé qu'il n'y avait aucune différence, au niveau de la valeur esthétique, entre le plan et la façade.
En ce qui concerne l'aménagement, il affirmait que la « distribution des différents espaces, le mode et la forme de groupement » étaient non seulement dominés « par les exigences pratiques, mais aussi, et dans une mesure tout aussi importante, par l'effet esthétique visé ».
A la grande satisfaction des membres du Comité, Dudok présenta le projet définitif en juin 1928. A la même époque, le projet fut publié dans différentes publications spécialisées et cela, non seulement pour le montrer aux collègues et aux critiques en architecture, mais aussi pour susciter l'intérêt de donateurs éventuels. L'un des organes spécialisés dans lequel le projet fut publié fut le Bouwkundig Weekblad. En accord complet avec l'idée de Dudok concernant l'importance d'une silhouette attractive, les plans en perspective faisaient partie de la présentation. La forme principale du projet consistait en quatre blocs de construction qui formaient les quatre côtés du bâtiment. Un cinquième bloc formait une liaison entre les façades est et ouest. On obtenait ainsi deux cours intérieures rectangulaires. La grande cour, avec bassin, constituait le centre du Collège néerlandais proprement dit, avec les chambres réservées aux garçons et aux filles dans les différentes ailes, et le centre d'études. La petite cour intérieure servait de séparation entre cette partie et les appartements du directeur et du secrétaire.
Au moment de la présentation du projet définitif, une série d'inconnues subsistaient encore. C'est ainsi que l'on ne savait pas exactement quels matériaux et quelles couleurs seraient utilisés. Quant à l'aménagement et au mobilier, ils n'avaient encore fait l'objet d'aucun projet que ce soit. La plupart des décisions à ce sujet ne furent prises qu'au cours de la construction, qui commença lors de l'été 1928. Comme Dudok avait ses obligations à Hilversum et qu'il ne pouvait pas assurer une bonne surveillance depuis ce lieu, il avait besoin d'autres personnes pour le tenir au courant de l'avancement des travaux. C'est pourquoi Dudok engagea Jan Piet Kloos, alors âgé de 22 ans, qui avait déjà travaillé à Hilversum comme dessinateur et surveillant lors de la construction du Sanatorium Zonnestraal (Rayon de Soleil, conçu par Duiker et Bijvoet). En avril 1928, Kloos entra comme dessinateur dans le bureau de Dudok. Il y travailla essentiellement à l'élaboration du projet pour le Collège néerlandais, jusqu'à son départ pour Paris en octobre de la même année. Kloos devait rester à Paris jusqu'à l'automne 1932 pour retourner ensuite aux Pays-Bas et s'y établir comme architecte indépendant.
Chaque état ou Comité de soutien qui construisait un pavillon dans la Cité était tenu d'impliquer, outre son propre architecte, un architecte français dans la construction. C'est ainsi que l'architecte français David Ernest Picard participa à l'exécution du Collège néerlandais. Après la mort de Picard en 1935, son travail fut repris par son associé, Pierre Tarbé de Saint-Hardouin. Après son arrivée à Paris, Kloos travailla d'abord au bureau de Picard. puis dans le baraquement construit sur le chantier. C'est là, en compagnie d'autres dessinateurs, qu'il transforma le projet de Dudok en dessins d'exécution. Ceux-ci furent envoyés à Hilversum en même temps que les rapports mensuels rédigés par Kloos. Dudok faisait les adaptations éventuellement nécessaires sur les dessins mêmes et signait ceux-ci en marque d'approbation. Vreede, secrétaire du Comité et futur directeur du Collège néerlandais, continuait à suivre la construction de très près et menait une correspondance détaillée avec Dudok à propos de l'avancement des travaux.
Entre la pose de la première pierre et l'ouverture, trois périodes peuvent être distinguées. Au cours de la première période, qui va de 1928 à 1933, la plus grande partie du bâtiment fut réalisée. Les changements les plus significatifs par rapport au projet de 1928 furent exécutés au cours de cette période. C'est ainsi qu’il fut décidé de porter de 6 à 8 le nombre de chambres aux étages de l'aile ouest, ceci au profit de l'exploitation du bâtiment. Ceci eut pour conséquence de modifier la répartition en six travées, telle qu'elle existait au rez-de-chaussée, en une rangée de fenêtres continue aux étages. Dudok décida également de remplacer par une fenêtre ronde la gaine d'éclairage verticale qui se trouvait au-dessus de l'entrée du logement du secrétaire. D'autres modifications se limitèrent à l'adaptation des fenêtres des salles de bain dans l'aile nord et à la décision de laisser tomber les ateliers. En octobre 1929, il fut décidé que ceux-ci étaient trop grands et trop luxueux et seraient plus utiles sous la forme de chambres doubles. Ces premières années, d'importantes décisions furent également prises concernant l'exécution et l'utilisation des matériaux. A l'origine, Dudok avait l'intention d'exécuter le bâtiment dans la brique jaune claire qu'il avait également utilisée pour l'hôtel de ville. Or celle-ci était trop coûteuse et Kloos se mit donc à la recherche d'une autre solution. On pensa d'abord à un revêtement de façade constitué de fines plaques de grès ou de petit granit, mais ceci ne sembla pas représenter une bonne solution ; si le grès avait bien la couleur désirée il était trop poreux pour être utilisé de cette manière, tandis que si le petit granit était suffisamment résistant, il ne donnait pas satisfaction au niveau de la couleur. Finalement, on se décida pour un enduit qui fut fini dans un ton jaune sable avec une couleur du nom de silexor. Ce qui surprend, c'est que cette décision importante n'ait été prise qu'après le début de la construction du squelette en béton. On décida également d'utiliser des murs préfabriqués bon marché. Ces murs en 'solomite' étaient constitués de paille comprimée revêtue d'une couche de ciment.
Une grande partie des activités de Kloos à Paris consistait dans la sélection de matériaux de construction avantageux et de bonne qualité. A cet effet, il approchait non seulement des sociétés françaises, mais aussi des sociétés néerlandaises. Le fait que l'on s'adresse également à ces dernières découlait, d'une part, de l'idée que la maison des étudiants néerlandais devait être construite avec des matériaux néerlandais, tandis que d'autre part, on espérait que ces entreprises mettraient les matériaux gratuitement à la disposition des constructeurs ou, à tout le moins, à des conditions avantageuses. Etant donné la situation financière médiocre, cette forme de parrainage s'imposait de manière pressante. Kloos était au courant de la situation économique peu reluisante. Il prévoyait que les moyens seraient épuisés à court terme et c'est pourquoi il décida de rentrer aux Pays-Bas. Au moment de son départ en 1932, la totalité de l'extérieur était pratiquement terminée. En outre, les appartements du personnel et les chambres au rez-de-chaussée et au premier étage de l'aile ouest réservée aux jeunes filles étaient aménagés.
Au cours de la deuxième période, qui dura jusqu'en 1937, c'est à peine si le bâtiment avança en raison de l'absence de moyens financiers. En 1933, Vreede, le directeur et W. F.A. Roëll, le secrétaire, prirent possession de leurs logements respectifs dans l'aile sud. Cette même année, les premières étudiantes furent accueillies dans le bâtiment.
Tous vivaient, comme le décrivit Vreede, « dans un puits de fondation » étant donné que le reste du bâtiment était encore entièrement vide et inachevé. La situation ne fit que s’aggraver jusqu'à ce qu'en 1936, il apparut qu'il n'était plus possible d'exploiter le bâtiment. Tous ses occupants furent contraints de quitter le Collège néerlandais.
Après l'arrêt complet de la construction pendant plusieurs années, le Comité décida enfin (on arrivait au terme de l'année 1937) que le bâtiment ne pouvait plus rester vide.
Des actions furent à nouveau entreprises pour rassembler l'argent nécessaire. La Cité offrit une solution en mettant une importante somme d'argent à disposition. Ceci permit l'achèvement du rez-de-chaussée et des quatre premiers étages de l'aile réservée aux garçons et aux filles. En même temps, on décida de laisser inachevée l'aile est qui devait abriter le centre d'études. Frans Vreede en fut très affecté. C'était lui, en effet, qui s'était battu pour le double objectif du Collège néerlandais qui devait, d'une part, accueillir les étudiants et, d'autre part, constituer un centre d'études. Ce fut l'une des raisons pour lesquelles il décida d'abandonner ses fonctions de directeur du Collège néerlandais.
Fin 1938, le Collège néerlandais était achevé et aménagé pour la plus grande part et pouvait être, dès lors, inauguré officiellement. Son ouverture officielle eut lieu le 10 décembre 1938 en présence de I'ambassadeur des Pays-Bas à Paris, qui était également le président du Comité, le Jonkheer dr. J. Loudon.
Source :
“Dudok in Parijs, het Collège néerlandais/Dudok a Paris, le Collège néerlandais. Red. Carien de Boer-Van Hoogevest, Uitg. Thoth, Bussum, 1999. 191 pp.
www.vanhoogevest.nl


